Munich

Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Permettez-moi tout d'abord de vous dire le plaisir que j'éprouve à me trouver parmi vous aujourd'hui, ici en Allemagne, pour parler d'un sujet qui, vous le savez, me tient particulièrement à cœur.

La préservation de l'environnement n'est pas un challenge parmi d'autres. C'est le principal challenge des prochaines années ; celui qui détermine tous les autres ; celui qui dira si, oui ou non, notre existence sur terre est encore possible, au moins dans les conditions que nous connaissons.
La préservation de l'environnement est à terme une question de survie pour l'espèce humaine. Mais c'est d'ores et déjà une question de développement pour tous les pays dont l'accès aux ressources essentielles est chaque année plus difficile.

C'est une question de santé pour les millions d'hommes et de femmes soumis à des intempéries chaque année plus dramatiques et contraints à des conditions de vie insalubres de ce fait.

C'est aussi une question de sécurité, quand les menaces climatiques entraînent des risques de mouvements migratoires mondiaux.

C'est enfin une question de paix, quand l'approvisionnement en énergies durables devient central dans les enjeux internationaux.

Et cette question, Mesdames et Messieurs, n'est pas celle d'un siècle lointain. C'est celle d'un siècle qui a déjà commencé, un siècle qui voit chaque année se multiplier catastrophes naturelles et données alarmantes. Nous connaissons les faits. Déforestation, montée des eaux, disparitions des espèces : ces chiffres que nous entendons quotidiennement parlent de nos réalités immédiates. La température monte, avec les mêmes effets sur notre planète fragile que sur un corps fiévreux : un seul degré en plus et c'est tout l'organisme qui tremble. Or, la température monte vite.
J'ai traversé des forêts qui aujourd'hui n'existent plus. J'ai marché sur des glaces dont ne subsistent que le souvenir. J'ai vu vivre des espèces que nos petits-enfants ne connaîtront que dans les livres.

Même l'eau symbole de vie, l'eau notre bien commun le plus simple et le plus précieux, se fait chaque jour plus rare, quand elle n'est pas porteuse de pollutions et de maladies.

Ayant eu la chance de naître dans une famille sensible à ces questions, j'ai compris très jeune que rien de ce que je ferai n'aurait de sens si je ne faisais pas tout pour aider à sauver cette planète, notre planète.

C'est pourquoi, j'ai voulu agir, dès mon accession au pouvoir. Agir en tant que Chef d'Etat, d'un Etat particulier par sa taille et sa visibilité. Agir aussi en tant qu'habitant de la terre, en tant qu'homme pressé par l'urgence : c'est le sens de la Fondation que j'ai créée il y a maintenant plus de deux ans.

Par cette Fondation, comme par mes activités internationales, j'ai rencontré de nombreux leaders mondiaux, responsables politiques ou décideurs économiques. Et j'ai pu constater que nous sommes nombreux à partager cette volonté d'agir.

Ce n'est pas la garantie du succès, mais c'est au moins la possibilité d'y œuvrer et d'y croire.
J'ai mesuré aussi combien certains pays, déjà, avaient su prendre en charge leurs responsabilités. Et je tiens ici à saluer tout particulièrement l'Allemagne qui depuis des années joue un rôle pionnier, et dont la chancelière Angela Merkel est en ce domaine un modèle.

Je pense à l'ambitieux paquet climat adopté cet été, qui prévoit 313 milliards d'euros d'investissements pour les énergies renouvelables d'ici à 2020. Cette loi s'inscrit dans une dynamique profonde : en 2007, ces énergies renouvelables ont permis à l'Allemagne d'économiser 115 millions de tonnes d'émissions de CO2. C'est le résultat d'un effort cohérent et partagé à tous les niveaux de la société.
Un effort qui ne se limite pas aux enjeux domestiques : moi qui suis soucieux de l'avenir des pôles, je tiens à saluer les efforts scientifiques de votre pays, à l'origine de près de 60% des projets de l'année polaire internationale 2007-2009, via ses universités, instituts de recherche, musées et autres organismes fédéraux.

Pour toutes ces raisons, je suis heureux des contacts et des partenariats que ma Fondation a noués en Allemagne, notamment avec la Deutsche Bundesstiftung Umwelt et avec la fondation de Saxe (Sächsische Landesstiftung – Natur und Umwelt).

Tous ces efforts, toutes ces initiatives, Mesdames et Messieurs, témoignent de l'avance prise par votre pays dans l'appréhension d'un défi qui est aussi, vous le savez, une formidable opportunité de développement et de progrès.

Nous savons qu'il peut sembler coûteux de se lancer aujourd'hui dans des investissements aux résultats lointains. Nous savons qu'il peut paraître inutile de s'engager pour des contrées lointaines dont les pratiques, hélas, sont encore en retard sur celles des leaders européens que vous êtes.

Mais l'une des révolutions qu'impose le changement climatique est précisément de nous obliger à penser de manière globale : cela vaut en termes géographiques autant que chronologiques.

Nous n'entreprendrons rien si nous ne pensons qu'à aujourd'hui ; nous n'obtiendrons rien si nous n'agissons qu'ici.

Notre principale responsabilité est d'être solidaires. Avec les autres, avec nos enfants, avec nos semblables, ailleurs et demain. Pour eux, si nous sommes ambitieux, la lutte contre le changement climatique sera aussi un incomparable vecteur de croissance.

Pensons aux investissements fantastiques que nous engageons actuellement dans la recherche sur ces sujets. Pensons aux 800 000 emplois prévus à l'horizon 2030 par le seul programme allemand pour le climat que j'évoquais à l'instant.

Comme l'a dit Angela Merkel, « nous savons que ceux qui voyaient un fossé insurmontable entre économie et écologie avaient tort. Ce qu'il faut, c'est organiser les deux ensemble intelligemment. Pour le bien de l'être humain. »

Voilà, Mesdames et Messieurs, la nature du challenge qui est le nôtre : penser un progrès durable qui ne soit pas un renoncement ; inventer une croissance réelle, solidaire, universelle, au service de l'être humain. Une croissance qui ne se fasse pas aux dépens des générations futures ni aux dépens de ceux qui souffrent déjà tant de ce monde inégal.

C'est sans doute utopique, mais c'est la seule solution. Pour eux, bien sûr, mais aussi pour nous. Car, si nous ne sommes pas capables de donner cette impulsion nécessaire, si nous ne sommes pas capables de faire ces efforts dans la durée, si nous ne sommes pas capables de construire ces solidarités nouvelles dans l'espace et dans le temps, nous serons les premières victimes de notre aveuglement.

C'est une responsabilité pour nous tous. Pour les acteurs de l'économie et de la société civile comme pour les responsables politiques. Notre challenge est d'y répondre ensemble, de manière complémentaire et concertée.

Pour les acteurs économiques, adopter une logique durable et globale, voir au-delà des profits immédiats, inventer la croissance future. Pour les grandes organisations, agir sur le terrain et entretenir sans relâche la mobilisation.


Pour les dirigeants politiques, mettre en place des règles nationales et internationales cohérentes, des plus petits Etats jusqu'aux Nations Unies. Pour chacun une tâche immense, mais une tâche exaltante.

« La crise du climat, écrit Al Gore, nous donne la chance d'accomplir ce dont très peu de peuples dans l'histoire ont eu le privilège : une mission générationnelle ; elle nous offre de connaître l'immense satisfaction qu'inspire la poursuite d'un dessein moral (···) ; il nous est donné enfin l'opportunité de nous élever. »

Je vous remercie.

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