Monsieur le Directeur général,
Monsieur le Ministre d'Etat,
Monsieur l'Ambassadeur de Bonne Volonté à l'Unesco le Professeur
Jean Malaurie,
Monsieur l'Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Les peuples autochtones,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Il y a quelques semaines, j'étais en Antarctique, invité par les scientifiques travaillant sur place à visiter leurs installations, à découvrir leurs conditions de vie et à témoigner de l'importance de leur tâche.
Ce voyage s'inscrivait dans une démarche de long terme, puisque j'avais déjà entrepris, en 2006, une expédition équivalente en Arctique.
Entre les deux, trois ans à peine se sont écoulés. Et pourtant.
Malgré la crise qui secoue notre monde, les préoccupations environnementales n'ont pas faibli, au contraire. J'ai pu constater à l'occasion de cette dernière expédition. J'ai pu directement ressentir combien les esprits s'étaient éveillés à une solidarité nouvelle envers ces terres lointaines si importantes pour nous.
Il y avait bien sûr, pour expliquer cette attention, l'année polaire internationale ; il y avait un agenda mondial intense sur les questions climatiques, ou encore la récente élection de Barack Obama, qui a fait de la sauvegarde de l'environnement l'un des objectifs prioritaires de la première puissance mondiale.
Quelle qu'en soit la raison, le résultat est pourtant là : il y a quelques années encore, le séminaire d'aujourd'hui était inenvisageable.
Je ne dis pas qu'il n'aurait intéressé personne, non. Je constate simplement une différence essentielle, une mutation en profondeur des mentalités qui autorise aujourd'hui les plus grands espoirs.
Pensons simplement à l'indifférence teintée d'interrogations qui avait précédé le sommet de Rio en 1992, et comparons avec l'effervescence qui occupe les esprits à l'approche de la conférence de Copenhague. Malgré la crise financière, malgré les incertitudes et les polémiques qui demeurent, nous avons d'ores et déjà la certitude que les choses ont changé de nature.
En quelques années, Mesdames et Messieurs, nous avons vécu une révolution : depuis 4000 ans, l'homme mettait une grande part de son énergie à piller les ressources de la terre, à détruire son environnement naturel, sans souci des conséquences de ses actes.
Ce mouvement est en train de s'inverser. Bien sûr, la puissance des technologies développées depuis un siècle rend les dégâts déjà commis bien lourds à
enrayer. Et nous ne sommes qu'au début d'un très long processus dont nous ignorons s'il atteindra les grandes ambitions que nous partageons tous. Mais nous savons
aujourd'hui que le monde peut changer.
Nous pouvons dorénavant nous fonder sur des connaissances scientifiques de plus en plus solides. Ces chercheurs que j'ai rencontrés en Antarctique le mois dernier, ces
scientifiques du GIEC justement récompensés par le Prix Nobel de la Paix, ces femmes et ces hommes qui consacrent leur vie à notre planète, nous offrent désormais
les moyens d'agir.
Grâce à eux, grâce à l'intelligence qu'ils mobilisent, l'heure est à l'optimisme.
Même la crise que j'évoquais à l'instant, cette crise qui ramène au premier plan des préoccupations trop longtemps secondaires, comme la recherche d'alternatives
aux énergies fossiles, porte son lot de bonnes nouvelles.
Les motifs d'espoir désormais viennent de partout. D'Europe, évidemment, où une prise de conscience très large pousse les sociétés et les Gouvernements dans des démarches volontaires et inventives.
Je ne citerai évidemment pas l'ensemble des mesures prises par chaque pays, car chacun avance à son propre rythme, avec ses propres priorités.
Mais comment ne pas se féliciter du dynamisme nouveau des politiques communautaires en la matière ? Comment ne pas se réjouir de la réunion constructive organisée ici
même, à Monaco, il y a quelques mois, par la Présidence française de l'Union, sur la collaboration scientifique des systèmes d'observation arctique ? Ses
conclusions ont ouvert des pistes importantes, et je ne doute pas qu'elles déboucheront demain sur des avancées très concrètes, en Europe comme en Arctique.
Les motifs d'encouragement, je le disais à l'instant, viennent également des Etats-Unis d'Amérique, où l'administration Obama déploie des efforts d'une ampleur
inédite en faveur de la planète.
Et nous savons que dans tous les pays le mouvement est en marche, même s'il ne s'agit parfois que de frémissements.
C'est que les Gouvernements ne sont pas seuls. Avec eux, pour les accompagner et parfois pour les entraîner, les initiatives privées se multiplient.
Dans tous les pays du monde, une générosité est en marche, aussi diverse que foisonnante. Grands philanthropes ou petits donateurs, de plus en plus de nos contemporains offrent de leur temps et de leur argent pour préserver notre avenir commun. Et ces gestes de fraternité à l'égard des générations futures sont aussi formidables d'efficacité.
Que l'on songe simplement à l'action d'une fondation comme celle du Président Bill Clinton, qui vient d'annoncer un partenariat avec la Ville de Los Angeles pour la mise en place d'un éclairage public par diodes électroluminescentes ou LED. Grâce à ce programme audacieux, les prévisions font état d'au moins quarante mille tonnes de carbone économisées chaque année. Et je pourrais ainsi multiplier les exemples de ces actions qui, chacune à leur échelle, sont en train de modifier la face de notre monde.
Elles peuvent pour cela s'appuyer sur la capacité d'entraînement, sur l'autorité morale et sur la force d'impulsion politique des grandes organisations multilatérales,
comme l'UNESCO, dont je tiens à remercier chaleureusement le Directeur général,
M. MATSUURA qui, à l'initiative du professeur Jean Malaurie, a organisé notre réunion d'aujourd'hui.
Par cette convergence d'efforts et de ténacité, par cette rencontre d'ambitions communes, le paysage mondial a bel et bien changé.
Ce contexte porteur doit nous inciter, chacun à notre niveau, avec les moyens qui sont les nôtres, à faire preuve de détermination et à aller plus loin.
Aller plus loin, c'est désormais élargir le spectre de nos préoccupations jusqu'à ceux qui ont un temps pu apparaître comme les oubliés de la mobilisation environnementale : les populations.
Nous devons les replacer au centre du débat, ne jamais oublier que le sujet majeur, c'est toujours, ce sera toujours l'homme. Car les atteintes à l'environnement frappent toujours les plus faibles. Les blessures faites à la terre sont toujours des malheurs infligés à l'humanité.
Là encore, des progrès majeurs ont déjà été faits, et je pense en particulier aux travaux essentiels du Professeur Jean Malaurie sur les Inuits. Grâce à ses recherches et à tant d'autres qui ont suivi ses pas, nous connaissons mieux la situation réelle de ceux qui vivent sur place, l'ampleur des dégâts qu'implique pour eux le changement climatique, mais également les moyens de les aider concrètement.
Car le changement global auquel nous assistons n'a pas que des effets directs mesurés par les relevés topographiques ou les études des biologistes.
Il y a aussi, moins évidentes mais tout aussi présentes, les modifications en profondeur des usages sociaux et des mentalités. Il y a ces mille révolutions silencieuses qui altèrent inexorablement les équilibres et les traditions hérités de la longue histoire des peuples. Il y a la nécessité de conserver leur mode de vie en l'adaptant aux évolutions du monde.
C'est pour tous les peuples un défi immense, face auquel ils sont souvent dépourvus.
Nous devons les aider.
Je pense par exemple à la formation de nouvelles élites. En Arctique comme ailleurs, celles-ci doivent aujourd'hui être intégrées dans les réseaux de notre
civilisation mondialisée. Le besoin de formation est ici très clair. Voilà un sujet vital pour les peuples arctiques, un sujet autour duquel nous pouvons agir, en
coordination avec eux.
Mais il serait bien sûr illusoire de croire que notre action sociale, culturelle et éducative en faveur de l'Arctique doive se limiter aux populations qui y vivent.
Nous savons que la fraternité planétaire est désormais notre horizon. Si les voitures qui roulent ici bouleversent là-bas les écosystèmes, si la fonte des glaciers lointains fait monter les mers qui nous entourent, alors notre engagement doit être le même sur tous les continents.
C'est bien le sens de la réunion d'aujourd'hui, tel en tout cas que je l'entends : construire le développement durable par la science, mais aussi par une action plurielle, une action à la fois sociale, culturelle et éducative dans nos pays moins directement concernés mais tout aussi responsables.
C'est un devoir de réciprocité, qui doit en même temps nous conduire à prévenir en Arctique les catastrophes annoncées, notamment en accompagnant les populations,
et à lutter partout contre les causes de ces bouleversements en faisant advenir une vraie communauté de destin.
Cela aussi, c'est avant tout par le savoir, par une prise de conscience généralisée, par la transmission au plus grand nombre des travaux des scientifiques, mais aussi par
la diffusion de nos échanges d'aujourd'hui, que nous y parviendrons.
« Si voir et savoir étaient bien les grandes interrogations éthiques (···) depuis le siècle des lumières, voir et pouvoir deviennent celles du XXIème siècle » écrit Paul Virilio.
Nous avons vu, nous savons que nous pouvons. Partageons désormais nos vues avec le plus grand nombre et nous pourrons faire de grandes choses.
Je vous remercie.
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