Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue à Monaco pour cette VIème Conférence de la Facilité Euro -Méditerranéenne d'Investissement et de Partenariat. En
vous accueillant, la Principauté marque son attachement à la fois au continent européen auquel elle est ancrée et à ce bassin méditerranéen qui la marque de
son empreinte.
Le thème de vos travaux, « Financement durable de l'eau et changement climatique en Méditerranée » est essentiel. Et l'attention qui lui est aujourd'hui portée marque une étape importante dans la manière dont le développement durable est désormais abordé.
Le changement climatique n'est plus une préoccupation sectorielle, réservée aux spécialistes ou aux militants. C'est un enjeu capital de nos sociétés, qui doivent impérativement en combattre les causes, en prévenir les effets et y adapter leur fonctionnement.
Car le changement climatique a déjà commencé son œuvre. Dans le seul domaine de l'eau, nous en voyons quotidiennement les conséquences, avec ces populations pour lesquelles la pénurie d'eau s'aggrave. Souvenons-nous qu'autour de la Méditerranée, c'est-à-dire autour de nous, près de trente millions de personnes n'ont toujours pas accès à une eau salubre et que vingt-sept millions sont privés d'un système d'assainissement adéquat.
Mais ce constat, pour consternant qu'il soit, n'est pas un aveu d'impuissance ; l'adaptation est possible, à condition d'envisager les problèmes dans leur globalité, c'est-à-dire comme des enjeux aux ramifications économiques, politiques et sociales.
Nous le savons aujourd'hui, et le thème de votre rencontre le prouve, la question de l'eau est une question de prise de conscience, de volonté politique, de moyens. Elle nous renvoie à des choix majeurs, des choix de civilisation.
Comment pourrions-nous ignorer les causes humaines, économiques et sociales, des pratiques qui menacent notre planète ? Comment pourrions-nous ne pas voir que les populations qui malmènent leur environnement ou simplement l'ignorent sont très souvent des populations qui souffrent ? Quel respect de la nature peut-on attendre, quand les infrastructures sont défaillantes, quand le savoir est un luxe, quand se nourrir ressemble à un combat ?
L'environnement n'est pas un sujet isolé. C'est pourquoi sa préservation nous interroge sur notre modèle économique tout entier.
Comme souvent, les crises, les perturbations économiques que nous traversons actuellement, révèlent certaines des aberrations de notre époque : la finance qui oublie les hommes, l'omniprésence du court terme, la frénésie de consommation qui met en péril nos équilibres fondamentaux. La même frénésie qui, s'agissant de l'eau, pousse à ne se préoccuper que d'en accroître l'offre, plutôt que d'en maîtriser la demande ou d'en préserver la qualité.
Peu à peu, notre monde découvre ses dérèglements et s'attache à les corriger.
D'ores et déjà, certaines économies majeures ont compris les opportunités qui s'ouvrent avec cette page nouvelle de notre histoire.
Je pense bien entendu aux Etats-Unis, où le Président Barack OBAMA engage un plan audacieux de promotion des énergies renouvelables, récemment rappelé lors du Forum des économies majeures sur le climat.
Je pense aussi, bien sûr, à l'Union pour la Méditerranée, construite également autour des enjeux environnementaux et qui se doit aujourd'hui de surmonter les divergences politiques pour concrétiser ses projets.
Partout dans le monde, on comprend que le développement durable n'est pas contradictoire avec le dynamisme économique mais propose un modèle différent, simplement plus cohérent, plus responsable, qui ne sacrifie ni la prospérité d'aujourd'hui, ni la sécurité de demain.
L'identification des problèmes, bien sûr, n'est pas leur solution. Mais à tout le moins nous percevons désormais le chemin du progrès.
Pour ce qui est de l'eau, nous connaissons les déséquilibres profonds auxquels il nous faut faire face. Démographiques, économiques, techniques, politiques, sanitaires, industrielles ou agricoles, les causes de la rareté et de la mauvaise qualité de l'eau dans certaines régions de la Méditerranée sont nombreuses. Y répondre demandera d'immenses moyens.
Aucune solution miracle ne suffira. Les objectifs, lointains, ne pourront être atteints qu'à petits pas.
C'est pourquoi l'initiative d'aujourd'hui, associant des responsables de nombreux pays méditerranéens autour de questions très concrètes et particulièrement sensibles, est si prometteuse.
Car l'économie n'est pas seulement un paramètre parmi d'autres de la gestion de l'eau. C'est le nœud de la plupart des problèmes, à la fois cause des difficultés et moyen de les résoudre. C'est le frein ou le levier qui nous empêchera ou nous permettra d'agir.
L'économie ne se réduit pas à la collecte de fonds. L'argent est bien entendu nécessaire, mais il ne suffira pas s'il n'est accompagné d'une volonté partagée et de long terme, s'il ne s'appuie pas sur une vraie compréhension des situations. Ce que nous devons inventer, c'est un système économique, politique, social véritablement durable.
Pour cela, il nous faut entreprendre un travail de fond et vos réflexions ici y contribuent. Toutes les intelligences doivent être sollicitées. C'est l'une des clés du succès.
La Fondation que j'ai créée et dont la problématique de l'eau est l'un des trois thèmes d'action, vient d'ailleurs de lancer dans le même esprit un « water think tank », en partenariat avec l'Institut des Nations Unies pour la Formation et la Recherche (UNITAR), Veolia Environnement et le Plan bleu.
A partir du concept de Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE), cette structure souple s'intéresse en particulier au rôle essentiel des autorités locales dans la solution des problèmes de l'eau en Méditerranée. Sur un sujet aussi intimement lié à l'histoire, à la géographie et à la sociologie des pays concernés, la prise en compte des problématiques locales est en effet essentielle.
C'est en nous fondant sur la réalité du terrain, à partir des situations concrètes des hommes et des femmes qui peuplent les rives de cette mer et pour lesquels l'eau est un problème vital, que nous pourrons changer leur situation et ainsi, progressivement, édifier des équilibres pérennes.
Nous avons pour cela besoin d'intelligence, de responsabilité et de générosité.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Comme l'écrit l'ancien Vice-président américain et Prix Nobel de la Paix Al Gore, « nous sommes aujourd'hui à la croisée des chemins (···). Car il ne s'agit ici
ni de dialogue politique, ni de débat scientifique. Il s'agit de savoir qui nous sommes en tant qu'êtres humains. Il s'agit de notre capacité à transcender nos
propres limites et à nous élever. Il s'agit de voir avec nos cœurs autant que de penser avec nos têtes la réponse exigée de nous. »
Je vous souhaite de fructueux travaux et un très agréable séjour dans mon pays.
Je vous remercie.
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